Le
village était enfermé dans une température bien plus basse que la moyenne. Les œufs
de Pâques ne seraient pas cachés dans la pluie comme d’habitude, mais
éclateraient sur le sol gelé. Le changement climatique que tout les villagers espéraient
en vain, se dirigeait vers humide et froid au lieu de tropical et chaud. En
vain, parce que le déjeuner de Pâques serait hivernal et les invités chaudement
habillés. Le sujet du journal parlé évoquant « la température la plus haute
historiquement notée au jour de Pâques» était très vite démasqué comme le poisson d’avril. Le poêle était allumé avant midi et la
bouteille mise au frais pour éviter que le vin soit servi mi-cuit. L’agneau de
Pâques ne supporte pas de partenaires acides, jeunes, frais donc l’hôtesse avait
choisi le bon milieu : un vin blanc mais riche et suave.

Un vin qui venait
du Péloponnèse, de Messinia plus précisément, où le régime méditerranéen s’apprête
à la cueillette presque toute l’année. Où les vignes se reposent pendant quelques
mois pour produire des raisins de caractère international. Costa Navarino, avec
un nom bien plus mondial que la plupart des grecs, possède des vignobles, un
spa, hôtel de luxe avec terrains de golf. Ses vins sont obligatoirement
internationaux, parce que ses clients le sont aussi. L’hôtesse

avait bien sélectionné
son chardonnay qui goûtait exquisément avec l’agneau. Le Kotyle bio 2013 avait
passé quelques mois en barriques et était fourni d’une étiquette moderne. Le kotyle,
c’est la coupe en argile légendaire que Nestor aurait utilisée il y a 3
millennia. En termes de vin, il est produit en blanc, chardonnay, et en rouge,
cabernet. Le chardonnay rayonnait un peu sur les assiettes et nous apportait l’espoir
d’un printemps proche.